Le sanglier et la taupe

 

 

Le 10 août 2012 j’avais un rendez-vous pour une session photo avec 801 victimes de la Première Guerre Mondiale au cimetière militaire de Leopoldsburg.

 

A Leopoldsburg les tombes sont occupés presque exclusivement par des militaires décédés en captivité en Allemagne. Ils sont morts soit aux blessures qu’ils avaient à leur emprisonnement, les traitements inhumains ou des maladies et des privations durant leur détention.

 

Après la guerre, leurs restes humains ont été rapatriés au cimetière militaire de Leopoldsburg, après l’évacuation de ce cimetière des Allemands tombes pendant la guerre qui y avaient été enterrés provisoirement. Ceux-là sont soit retourné à leur heimat, soit sont centralisées à Vladslo.

 

Il faisait chaud ce jour là, le soleil battait son plein et me faisait la photographie difficile. Parce que à Leopoldsburg on a placé les tombes en cercles, éclipses et autres courbes possibles, ils y sont de sorte que, quelle que soit la position du soleil, 50% des tombes sont toujours à contre-jour.

 

 

 

 

Ma sueur tombait déjà en grosses gouttes de mon front quand soudain une silhouette apparut derrière moi.

 

"Eh bien, qu’es tu fout ici?", une voix lourde, habitué d’étaller une certaine autorité vibrait dans mes oreilles.

 

“Tu es aveugle ou quoi, je fais des photo’s” était ma réponse instantanée. Quand on me parle grossièrement j’ai l’habitude de répondre de la même façon. C’est pas beau mais souvent très effectif.

 

Entretemps, je faisais connaisance visuellement avec mon agresseur. Il me semblait début de la cinquantaine, littéralement un gars de poids.

 

l'Homme immédiatement chantait d’un ton différent quand il demandait: "Est-ce-que vous êtes journaliste?"

Comme il m’estimait plus important que je ne l'étais, je devenais un peu plus convivial.

 

"Non, monsieur, je prends ces photos pour les utilliser en 2014 à l’occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale."

 

"Ah, je pensais que vous êtes venu pour les sangliers", la conversation continuait.

l'Homme avait mon attention, je sentais une histoire.

 

“Sangliers”?

Un seul mot et le bavard ne s’arrêtait plus.

 

"Eh bien, monsieur, vous voyez l'herbe remué? C'est fait par des sangliers".

 

Bien sûr, les dégâts à la pelouse ne m’avaient pas échappés. J'avais failli tomber dans un de ses crevases, et je devais ajuster mon trépied presque pour chaque image. Mais je pensais que ces trous avaient été causés par des taupes, taupes creusant leurs galerie juste en dessous de la surface. Ils creusent leur galerie si peu profond que vous pouvez les suivre à l’oeil nu. Maintenant que j'y pense, c’est depuis des décennies que je n’en ai plus vu. Peut-être qu'ils sont éteints? Dans tous les cas, une espèce en voie de disparation.

 

Mais des sangliers? Qui pense maintenant sangliers au Limbourg?

 

"Allez, monsieur, de si petites bêtes ne peuvent quand même pas faire des dégâts comme ça?"

 

 "Oui, mais je pense que les sangliers causeraient beaucoup plus de dégâts, non?”

 

"C'est assez grave comme ça, et maintenant, un journaliste de la presse locale à gonflé cette affaire comme un ballon".

 

Ma prochaine réponse était logique: "Qu'allez-vous faire à ce sujet?"

 

"Nous ne pouvons rien faire à ce journaliste, je pensais que vous étiez ce journaliste, et je vous aurais donné mes quatre vérités, mais je me suis trompé, je suis désolé!"

 

De quoi il était exactement désolé me semblait pas clair à ce moment là. Probablement du fait que je n'étais pas son journaliste, et qu'il ne pouvait pas me donner ses quatre vérités.

 

"Oui, nous avons obtenus un permis d’extermination pour ces sangliers, mais nous ne pouvons les chasser que la nuit, ils ne viennent pas pendant la journée. Commencez ici, en ville, après dix heures du soir, à faire la chasse aux sangliers avec des fusils? Ca va quand même pas? A ce point là, à Leopoldsburg on est habitué à beaucoup, mais celà ne vas pas, et en plus, on risque d’endommager les pierres tombales.

 

Quel assist il me passait là. Entretemps j’avais compris que j’avais à faire à un militaire de carrière, alors je lui ai donné le plein prix.

 

"Vous n’êtes quand même pas si mauvais tireurs dans notre armée!"

 

Et.

 

Avaient-ils à Calais Nord des ennuis semblables avec les sangliers?

 

 

 

 

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